Paragrippa. Jean-Auguste Fripon, dit (1761-1829) (4/4)

(Lire ici la troisième époque de la vie de Paragrippa, et ici pour en découvrir le début.)

Bien qu’il eut publiquement annoncé son intention de se rendre à Paris, c’est à Orgères (Beauce) que Paragrippa vint trouver refuge et où, sous le pseudonyme de « Baptiste de Tours », il officia en qualité de chirurgien auprès d’un groupe d’individus aux activités mal définies. Léon Bottais, le confident des vieux jours, formula d’intéressantes hypothèses à propos de ce séjour beauceron sur les détails duquel l’Adepte était resté évasif : évoquant une sorte de « Franc-Maçonnerie rurale », le notaire estimait que Paragrippa avait peut-être été initié à cette époque à des « mystères celtiques » (préface aux Propos de table, op. cit., p.XXII). Se pourrait-il que se fut maintenue jusqu’au XVIIIe siècle une tradition pré-chrétienne régulière, apte à transmettre une influence spirituelle permettant une initiation effective ? (En ce qui concerne la notion d’influence spirituelle ainsi que la distinction entre initiation virtuelle et initiation effective, cf. René Guénon, Aperçus sur l’initiation, op. cit.) La question peut en tout cas se poser à propos de ce mystérieux groupe qui fut connu dans la région sous l’énigmatique nom de « chauffeurs » (chauffe-or ?)

On ne sait combien de temps Paragrippa demeura dans la Beauce, ni ce qu’il advint de lui les années suivantes. Notons que de telles périodes d’obscurité sont monnaie courante chez les Grands Initiés, puisqu’on en trouve aussi bien dans la biographie de Dante que dans celle de Pythagore, pour ne rien dire d’un Comte de Saint-Germain ou d’un Martinès de Pasqually. Quoi qu’il en ait été, on ne retrouve sa trace qu’en 1815, à Véretz, où il revint s’établir dans la maison familiale depuis longtemps déserte, suscitant apparemment quelque inquiétude chez les anciens du village qui se souvenaient des circonstances dans lesquelles le jeune Fripon les avait quittés une quarantaine d’années plus tôt. Mais Paragrippa, que l’âge semblait avoir assagi, rassura bientôt les Véretzois : irascible avec les enfants, soupçonneux envers les étrangers, d’une avarice qu’aucune espèce de compassion ne pouvait ébranler, il montrait une attitude en tous points semblable, au moins extérieurement, à celle des Ligériens de sa génération.

Il acheta quelques terres, en vendit d’autres, gagna et perdit à ce sujet quelques procès. C’est à l’occasion de l’un d’entre eux qu’il devait rencontrer Me Bottais, son futur mémorialiste.

Les dernières années de Paragrippa furent néanmoins assombries par la longue querelle qui l’opposa pour des raisons peu claires mais vraisemblablement en lien avec des questions foncières à son illustre voisin l’ancien officier napoléonien et pamphlétaire Paul-Louis Courier, avec le garde-chasse duquel le Mage était pourtant en excellents termes. C’est pourquoi lorsque Courier fut retrouvé assassiné dans sa propriété, les soupçons se portèrent-ils naturellement sur les deux hommes ; mais rien ne put être prouvé.

Jean-Auguste Fripon, dit Paragrippa, s’éteignit paisiblement dans son lit le 27 novembre 1829. Le nouveau curé de Véretz, avec qui il avait sympathisé et que, sentant sa fin venir, il conviait tous les soirs chez lui afin de se livrer à une confession générale qui dura plusieurs semaines, lui donna l’absolution et déclara ultérieurement que Fripon avait fait la paix avec son Créateur, manifestant sa contrition pour ses erreurs par le fait qu’il avait confié à l’homme de Dieu qu’il souhaitait léguer l’ensemble de ses biens à l’Eglise.

Paragrippa étant mort sans descendance et sans avoir rédigé de testament, cette dernière volonté fut facile à exaucer, après qu’un accord eût été trouvé avec Me Bottais, qui obtint de conserver la plupart des livres de la bibliothèque du mage ainsi que quelques lopins de vigne.

Une petite plaque fut apposée au mur de sa maison natale à Véretz, où elle était visible jusqu’en 2016, année au cours de laquelle elle fut vandalisée par des galopins.

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